vendredi 18 octobre 2013

Le syndrome Anne Boleyn, le hasard et la nécessité (un fils ou la hache) ou une superstition mortelle

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Voir aussi "Un fils ou la hache" (lien)

Helena Carter-Bonham, qui a réussi, et à mon sens c'est la seule, à rendre toute l'ambiguïté du personnage, une femme intelligente et arriviste, flagorneuse, sans scrupules, vindicative et imbue de son pouvoir qui, son propre piège refermé sur elle, petit à petit,  avec sa lutte désespérée, l'angoisse qui l'envahit et la détruit de sa mort annoncée, se transforme en symbole de la condition féminine de l'époque dans toute son horreur : un fils ou l'épée. Ce sera l'épée.

SUPERSTITION, HISTOIRE ET VIE QUOTIDIENNE

Un fils, c'était la gloire éternelle; une fille ou un mort-né, la mort assurée : Anne Boleyn demeure l'illustration tragique d'un sort qui va de l'infini au zéro, de l'adulation, la puissance.. à la mort en spectacle dans l'allégresse, la décollation applaudie, abandonnée même des siens et haïe de tous. Le cas extrême. Les choses les plus graves arrivent par ce que l'on nomme le hasard.. ou le destin, termes qui cachent notre ignorance, c'est à dire que par une sorte de superstition, certains s'attachent à qui a "de la chance" et rejettent violemment qui n'en a pas.. comme si quelque part un malin génie accordait à ses seuls élus des faveurs transmissibles à son entourage et les refusait à d'autres qui les transmettraient également. Le fait fonde le bien voire le droit, selon le principe que s'il (ou elle) a de la chance, c'est qu'il (ou elle) le mérite. Cette attitude assez illogique voire abjecte est proche de la superstition et d'un pragmatisme injuste ("on ne prête qu'aux riches.")

Le hasard croit-on RÉVÈLE (ce n'est pas toujours faux -lien-) les personnes et les situations, cruellement parfois.. et sépare les élus des damnés. Ainsi Anne fut-elle décapitée soi-disant pour adultère, en fait pour ne pas avoir réussi à fournir à Henry VIII le fils exigé. Une sorcière, ça va de soi. Tout se passe comme si l'on ne pouvait croire à l'injustice du sort (ce qui est logique si on imagine un Dieu bon et tout puissant).. alors même que la réalité dément à chaque instant l'idée que les "bons" bénéficient d'un meilleur fatum et les "méchants", d'un pire. C'est même assez souvent le contraire.

La limite de notre raison, l'inconnaissable et la terreur de l'inconnu, de l'imprévisible qui menacent.. aboutissent à la création de ce refuge mythique : le SENS que nous conférons symboliquement à ce qui advient. Il faut qu'il y ait du sens, et s'il n'y en a pas, nous l'inventons.. ce qui finit par le créer réellement. Par exemple, Anne, devant la mort qui l'attendait en cas de naissance d'une autre fille, s'aigrit, se déchaîna, une sorcière ! ce qu'on mettra à sa charge (son "exécrable caractère", ses "crises") pour justifier sa condamnation. Il faut qu'il/elle soit mauvais/e puisqu'il/elle si malchanceux/se, bien fait pour lui/elle. On n'est pas loin du karma des bouddhistes. Comme Henry VIII, nous sommes souvent devant l'univers et ses aléas, même minimes, comme des enfants lâches et fuyants, cherchant sur une victime déjà accablée la responsabilité même de son dol. Avouer "je ne sais pas pourquoi.." est rare. Notons que les temps modernes ont suscité à la place de "hasard" la notion d'inconscient tout aussi absconse et controuvée. De nos jours, on dirait qu' "inconsciemment", Anne, révoltée par le traitement indigne qu'elle subissait, a voulu la souffrance du roi, quitte à le payer de sa vie.. Mais on n'en sait pas plus. Forcément.
 (Plus de détails sur l'histoire -lien-)

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